Teintures à base de plantes

Je m'intéresse aux plantes depuis longtemps, que ce soit leur culture, leur consommation ou la découverte des espèces sauvages. Parmi les nombreux autres usages, j'en suis venu à faire des recherches sur les plantes tinctoriales en consultant des sites et des livres sur le sujet. Quand je ne trouvais pas les espèces mentionnées, les plus utilisées n'étant pas spontanées ici, j'ai testé les plantes du même genre ou de la même famille. Voici donc à suivre les résultats d'expérimentations de colorations à base de plantes récoltées en automne. Ces créations ont été scannées, et les couleurs des copies s'en trouvent malheureusement changées. j'ai donc retravaillé les couleurs sur un logiciel pour m'approcher le plus possible de l'original. Comme ces teintes ne sont pas toutes stables, il faut faire vite pour les copier.

J'ai testé aussi des jus de cuisson de légumes aux couleurs prononcées. L'aquarelle qui suit a été réalisée à l'automne dernier à partir du jus de cuisson d'une betterave :

 

Poules

 

Après quelques mois, la belle teinte rose virait au brun. Voilà le résultat en janvier :

 

Poules le 04 01 2020

 

Et maintenant :

 

Poules 27 10 20

 

Première betterave de l'année au jardin et nouveau jus de cuisson récupéré. Voilà le résultat qui sera éphémère, d'autant qu'il est difficile de retrouver le magnifique rose obtenu après avoir scanné cette réalisation. Cochon de tolé :

 

Cochon de tole betterave

 

Pour avoir des valeurs plus foncées, j'ai combiné la betterave avec du brou de noix que j'ai fabriqué. Friche industrielle au Mesnil-Villement : 

 

La friche du mesnil villement gamma

 

Réalisation avec seulement le brou de noix, friche du Mesnil-Villement :

 

La friche du mesnil villement carreaux

 

Après avoir lu qu'il fallait utiliser les bogues vertes des noix pour fabriquer du brou, j'ai mis de côté les enveloppes qui n'étaient pas encore noircies pour une décoction. Cela donne un brun effectivement plus lumineux mais la couleur obtenue est bien moins sombre que ce que j'ai fait l'année dernière avec des bogues noires. Voilà ce que cela donne, "au N°13, pissenlit" :

 

Au n 13 le pissenlit noix vertes

 

Sur le dessin suivant j'ai utilisé le même brou de noix et j'ai peint la partie en brique avec la décoction de racines de gaillets :

 

Chateauneuf noix et gaillet

 

Avant qu'elles ne disparaissent, j'ai récupéré les sommités fleuries de séneçon jacobée qui est cité comme potentiellement tinctorial. Comme lors des expériences précédentes j'ai voulu l'utiliser en lavis, mais la consistance de la décoction était plus épaisse. J'ai repassé cette "encre" plusieurs fois là où je souhaitais une couleur plus dense. Sa couleur dorée ne permettait pas d'obtenir des valeurs très foncées et plutôt que de modifier la couleur avec un lavis à l'encre noire, au brou de noix ou à l'aquarelle, j'ai préféré utiliser la plume et le hachurage pour superposer le dessin et indiquer les zones sombres. La consistance un peu collante et épaisse du "jus" de séneçon a d'ailleurs compliqué la tâche. Ruines du château de la Ferté-Vidame :

 

La ferte vidame senecon

 

J'ai utilisé ensuite les feuilles d'un millepertuis arbustif, toujours en décoction. Le résultat obtenu était plus poisseux encore qu'avec le séneçon, au point que je n'ai même pas tenté de scanner la peinture réalisée. J'ai préféré alors utiliser un crayon gras et aquarellable pour le dessin et les valeurs. Voici donc en photographie la représentation d'un batiment lié aux exploitations de carrières de May-sur-Orne :

 

Dscf7582

 

J'avais envie de trouver du bleu. L'une des plantes les plus utilisées pour teindre les tissus de cette couleur est la renouée des teinturiers. Comme celle-ci n'est pas spontanée chez nous, je me suis rabattu sur une autre renouée : la persicaire. Le résultat est très éloigné du bleu. Peut-être est-ce à cause de la plante, peut-être est-ce à cause de la méthode, pour le moment je me contente de fabriquer des jus colorés en faisant des décoctions. J'avais auparavant fait une expérience enthousiasmante lorsque j'étais animateur aux "Petits Débrouillards". Celle-ci consistait à modifier la belle couleur violette d'une décoction de chou-rouge en modifiant son pH. Le vinaigre donnait un magnifique rose alors que le bicarbonate changeait le violet en bleu. J'ai donc testé le bicarbonate et le vinaigre sur mes préparations. La plupart du temps, c'est le bicarbonate qui intensifie les couleurs. Ci-dessous, les couleurs les plus denses sont obtenues grâce à un ajout de bicarbonate. Chateauneuf-en-Thymerais, décoction de persicaire :

 

Chateauneuf persicaire

 

J'ai eu ensuite connaissance d'une technique simple pour faire apparaître les couleurs contenues dans une feuille. Il s'agit de marteler une feuille contre le tissu pour en imprimer le jus. J'ai adapté la technique en frottant des feuilles sur des chutes de papier aquarelle tout en y passant du vinaigre ou du bicarbonate. Avec les feuilles de tomate et le bica j'ai obtenu un beau rouille. Puisque le froid du mois d'octobre annonce la fin des tomates j'ai ramassé les feuilles sans scrupule pour une nouvelle décoction. Voici le vert obtenu, mobylettes et brouettes à Fermanville :

 

Mobylettes tomates

 

J'ai cherché à retrouver la couleur rouille du bicarbonate sur la tomate. Au début le résultat fut ce joli vert-doré qui teint le mur sur le lavis suivant. En ajoutant encore du bicarbonate le jus passe au roux qui colore les éléments métalliques (et d'ailleurs rouillés) de cette représentation : barbecue à manivelle du Cap Levy :

 

Barbecue tomates reglage par couleur

 

J'ai utilisé la même décoction le lendemain en ajoutant encore du bicarbonate, mais je n'ai pas retrouvé la couleur rouille qui me plaisait. J'ai mis de coté de nouvelles feuilles de tomates pour essayer de retrouver cette teinte. Barrière et vieille voie ferrée à Senonches :

 

Barriere tomates bica

 

Le précédent jus de feuilles de tomates restant définitivement marron, j'ai fait cette fois une infusion avec les dernières feuilles à ramasser. La couleur obtenue est un beau brun qui tire sur le doré et le rouille. Vue sur les bureaux :

 

Vue sur les bureaux feuilles de tomates bica

 

Puisqu'il y en a plein le jardin, j'ai ramassé les fruits de morelle noire pour une nouvelle décoction. J'ai obtenu un beau violet. Acadiane à pédale : 

 

Acadiane morelle recorrection

 

Malheureusement après quelques jours la teinte s'est atténuée. J'ai rajouté de la décoction là où je voulais des couleurs soutenues. Le surlendemain les zones les plus denses passaient au brun :

 

Acadiane morelle le 27 10 20

 

Quelques jours plus tard, ce jus de baies de morelles est devenu marron. Je l'ai mélangé avec le bicarbonate (zones végétales vertes) et avec le vinaigre (structures du bâtiment). Le brun du toit et du milieu de la végétation est le dernier brou de noix fabriqué. Le tout donne des couleurs d'illustration vieillote. Machine à May-sur-Orne :

 

Machine may morelle vieillie

 

Nouvel ajout de bicarbonate après quelques jours de repos. Cela a donné une mousse marron sur l'instant puis un jus vert tirant sur le bleu. Une nouvelle pincée de bicarbonate donne un vert plus ocre. Baupte :

 

Baupte morelle bica

 

Au jardin il y a aussi de beaux épinards ! Voici le résultat obtenu avec le jus de cuisson concentré et réhaussé de bicarbonate. Machine à roulette du Cap Levy :

 

Machine a roulettes epinards

 

La gaude, ou réséda des teinturiers permet d'obtenir un beau jaune. Je ne l'ai pas trouvé encore mais j'ai cueilli son cousin dans une friche urbaine, le réséda jaune. Le garage :

 

Le garage reseda

 

L'ajout de bicarbonate donne un beau résultat :

 

Chateauneuf reseda bica

 

Dans la même friche j'ai récupéré des racines de gaillet à défaut de garance des teinturiers. Le bicarbonate en accentue le rouge. Machine de

May-sur-Orne :

 

May sur orne gaillet

 

Il restait de cette décoction, évaporée en partie et donc plus concentrée, que j'ai utilisée le lendemain. Au N°13, vue sur le N°15 :

 

Au n 13 gaillet

 

 

 

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